Le frelon asiatique


Le frelon asiatique

On le croyait cantonné dans le sud tout comme le moustique tigre mais il n’en n’est rien. Un frelon asiatique s’invite à la maison. Mais qui est-il vraiment ? Que faut-il faire ? Petite visite guidée.

Identification

Dans mon jardin, il y a un atelier où j’entrepose outils de jardin ou de bricolage. C’est une pièce à part entière où la famille circule régulièrement. Et moi, pour bricoler. Et les enfants pour prendre leurs vélos ou autres ballons. Autant vous dire que l’on y passe tous les jours et pourtant…un jour d’Avril….un bourdonnement sourd….je lève les yeux et …

Un insecte volant non identifié est en train d’installer son nid dans mon atelier. Après plusieurs minutes d’observation à bonne distance, faut dire que la bestiole est imposante, je décide d’interdire l’accès à l’atelier tant que je n’en saurais pas plus sur son identité.

Cet insecte est du genre plutôt discret. Pensez donc ! Vu l’avancement de la construction de son nid, cela fait au moins une semaine qu’il a jeté son dévolu sur mon atelier. Il fait des allers retours incessants mais ne passe pas plus d’une minute dans son repère. Je décide de placer un piège photographique qui doit me permettre de l’identifier. Plus facile à dire qu’à faire car il fait assez sombre dans l’atelier et il m’aura fallu un bon moment pour obtenir le cliché ci-dessus.

En attendant, le nid lui ne risque pas de m’attaquer lors que je déclenche mon flash. Solidement accroché au plafond en bois de l’atelier, une construction de forme conique faite de ce que l’on pourrait prendre pour du carton strié de beige et de marron présente un orifice à sa base. Pas vraiment imposant avec ses environs 8cm de diamètre, il semble vraiment bien fragile. Je profite de ce cliché pour faire des recherches sur le net. Il ne me faut pas longtemps pour être sûr qu’il s’agit bien d’un nid de frelon et vu sa taille, il ne peut s’agir que d’une réalisation récente. Fort heureusement, l’orifice se situe en bas du nid, signe distinctif du frelon européen. Un peu rassuré, il me faut donc trouver le moment opportun pour m’en débarrasser.

Toutefois, ne pouvant comme d’habitude me contenter que de recherches superficielles sur ma découverte, je décide de contacter par mail le site de Quel est cet animal.com ?

Comme d’habitude, il faut leur envoyer une photo avec une description de l’animal, le lieu et la date d’observation, la taille. Il s’agit donc d’un insecte, six pattes aux extrémités jaunes, volant, deux ailes, de taille respectable, environ trois centimètres, de couleur brun foncé mais avec le bout de l’abdomen jaune orangé, la tête est noire mais avec la face également jaune orangée.

La réponse ne se fait guère attendre : « Vous avez là une reine frelon … asiatique« .

Mais que diantre fait-elle chez moi dans le Pas de Calais ?

Cycle de vie

Le frelon Vespa Velutina, c’est son petit nom, nous vient d’Asie, d’où son patronyme. Tout comme le moustique tigre ou la coccinelle asiatique, il semble de mieux en mieux s’acclimater aux températures du Nord de la France, réchauffement climatique oblige.

La reine Frelon est la seule de sa colonie à passer nos hivers. Tous ces congénères meurent de froid et de faim durant cette période. La reine « stocke » en elle des semences mâles à l’automne et cherche un endroit protégé pour y affronter les rigueurs de l’hiver. Vers le mois d’Avril, elle sort de sa torpeur pour se réalimenter et commencer un nouveau cycle de vie. Elle se choisit un lieu calme à proximité immédiate de nourriture et surtout de matériaux de construction pour la réalisation d’un nid.

Elle commence donc par un nid dit primaire comme dans mon atelier. Elle met environ une vingtaine de jours pour le faire avant d’y pondre ses premiers œufs. Entre dix et quinze larves vont y grandir pour devenir les premières ouvrières de la reine. Leur tâche est de remplacer la reine dans la construction du nid pendant que celle-ci se mette à pondre jusqu’à l’automne. En général, les ouvrières reconstruisent un nouveau nid, bien plus important, en sécurité en haut d’un arbre. Les nids primaires peuvent être trouvés n’importe où : dans une haie, sous une tuile, dans un coffret gaz, dans un nichoir d’oiseau, dans son compost voire dans un hôtel à insecte. Puis, tout ce petit monde passe de vie à trépas et le cycle recommence. Il est donc bien inutile de détruire un nid en hiver puisque le froid fera son œuvre. Par contre, au printemps….

Observation

Tous les sites internet vous le diront, le Vespa Velutina ne doit pas avoir droit de cité chez nous. Comme d’autres insectes, il est un redoutable prédateur et tout y passe : guêpe, abeilles, syrphes, papillons et même araignées. Il attrape ses proies, les décapite pour ne garder que l’abdomen riche en protéines, en fait une boulette qu’il donne à sa progéniture. Le problème principal est qu’il peut décimer une ruche entière ou supprimer bon nombre d’insectes pollinisateurs.

Ce frelon possède un dard d’environ 6 à 8 mm pour se défendre. Il peut facilement percer un jean ou un gant en cuir. Il est donc fortement déconseillé de s’aventurer à moins de 5 mètres de son repère. Sa piqure est très douloureuse et peut être dangereuse pour les personnes allergiques. Notez que, contrairement aux abeilles ou aux guêpes, le dard du frelon se rétracte après avoir piqué. Ce qui donne l’occasion à notre frelon de pouvoir s’en donner à cœur joie. Seules les femelles sont équipées de cette arme et, contrairement au frelon européen qui pique et s’enfuit, le frelon asiatique piquera encore et encore jusqu’à éliminer le danger. Notre nid primaire étant à moins de 2m de la porte de l’atelier, il me faut donc y pénétrer avec la plus grande prudence.

Mes observations auront duré une dizaine de jours. Il faut dire que ce frelon n’est pas agressif, me laissant approcher de près tant il est afféré à la construction de son nid. En fait, je sais que cet insecte est à éliminer avec son nid mais, à vrai dire, la bête est imposante et j’ai les…jetons. C’est pour cela que je l’observe longuement afin de connaitre ses habitudes et choisir le moment opportun pour agir.

Action

On ne pourrait que trop conseiller de choisir un professionnel pour accomplir la destruction d’une colonie de frelons asiatiques. Quand on voit certaines vidéos sur le net, ce choix s’impose de lui-même. Pensez-donc ! Une colonie peut très rapidement atteindre plusieurs centaines d’individus et le nid primaire de quelques centimètres se transformer en un ballon de basket. Honnêtement ? Appeler quelqu’un pour détruire ce nid primaire et dépenser 200 euros ? Ma ministre des finances m’oppose son véto.

La seule solution est d’observer l’attitude de cette reine pour prendre le moins de risque possible. Elle est de type diurne, c’est à dire qu’à la nuit tombée, elle entre dans son nid pour n’en ressortir qu’au petit matin. C’est donc pendant son sommeil qu’il faut intervenir (n’oubliez pas, sa piqure est douloureuse). L’idée est de faire tomber le nid et son occupant dans un sac que l’on refermera prestement. Facile ? Imaginez-vous à 3h du mat, dans le noir, sur une chaise avec un sac sans savoir si la reine mère ne va pas vous sauter dessus. Mon appréhension me fait repousser l’assaut final sine die.

En écrivant cet article, je me suis dit qu’il serait pas mal de pouvoir faire un comparatif entre l’espèce européenne et celle nous venant d’Asie. En cueillant quelques orties dans le fond du jardin, un bourdonnement caractéristique a attiré mon attention : mon hôtel à insecte sert de nid à une reine frelon européen. Clic – Clac dans la boite. Appareil photo en place près de l’entrée à bourdons. Ce nid est en plein passage et pose autant de soucis que celui de la Vespa Velutina. Je m’en occuperai après.

Un évènement imprévisible m’oblige à passer à l’acte : la reine asiatique est partie. Partie ? En fait, l’orifice en bas du nid par lequel elle entrait est très rapidement rebouché en moins de 5 minutes. Une nouvelle entrée se dessine sur le côté. La reine est très active comme le démontre mon piège photographique. Puis un soir, alors que je relisait les vidéos, plus rien. Le lendemain non plus. Ainsi que le jour d’après. Le doute s’installe : « et si elle était en train de pondre ? » C’est sûr, cette nuit, je passe à l’offensive.

3h30. Un café rapidement avalé. Un pot de « BENCO » en lieu et place d’un sac et j’entre en action. Je glisse précautionneusement le pot sous le nid et d’un coup sec celui-ci tombe dedans. Je vous prie de croire que le couvercle a été vissé à la vitesse de l’éclair. Ni une, ni deux. Tout ce petit monde part direction….le congélateur pour un séjour gratuit de 2 semaines sur la banquise.

En observant l’intérieur du nid primaire, je me rend compte qu’une dizaine de larve y était présentes. Mon intervention était donc justifiée.

Conclusion

Ne croyez donc pas que le fait de résider dans le nord de la France vous mette à l’abri de telles péripéties. Tout comme pour le moustique tigre déjà observé sur Dunkerque ou la coccinelle asiatique implantée sur les houblonnières des Flandres, l’homme, qui a une influence souvent négative pour l’environnement, est à l’origine de l’implantation durable du frelon asiatique.

Le frelon asiatique est dangereux. Si vous intervenez seul, cela sera à vos risques et périls surtout si vous êtes allergique. Malgré tout, si vous intervenez rapidement et de nuit, le risque est bien moindre. Une déclaration est à effectuer sur le site du muséum naturel pour que les scientifiques puissent suivre l’évolution de l’implantation de cet insecte.

Au fait : j’entends d’ici, l’un, défenseur invétéré du règne animal, l’autre, railleur qui dit que mon jardin est un zoo, ou encore un qui donne des leçons aux autres mais même se préoccuper de sa propre attitude. A tous ces gens, je leur dis simplement « Merci ». Bin oui quoi, cela me fait un lecteur de plus.

Comme toujours sur mon blog, les photos sont prises dans mon jardin et les infographies sont faites par bibi. Si vous aussi, vous voulez observer la biodiversité dans votre jardin alors arrêtez le bitume sur vos terrasses et la pelouse bien rase. Laissez un petit coin sauvage avec pourquoi pas une petite mare. Si ce n’est pas possible, abonnez-vous à mon blog (cliquer ici) ou suivez moi sur Facebook (cliquer ici), je vous ferai profiter de mon expérience.

3 commentaires

  1. Je peux te dire que nous avions un nid dans un nichoir et Raoul a fait le nécessaire. Impressionnante la taille de ce frelon asiatique . Je balisais de sûr !!!
    Bravo Laurent pour cet article

    J'aime

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