Visite des marais de la Slack


Visite guidée lors de la fête de la nature 2018.

Les 26 et 27 mai dernier était organisée la fête de la nature partout en France. Des milliers de manifestations autour du thème de la nature ont rassemblé des passionnés ou de simples curieux désireux d’en savoir un peu plus sur l’environnement et sa défense. En ce qui me concerne, j’ai toujours eu envie de visiter les marais de la Slack à Ambleteuse. Malheureusement, les édiles de mon village sont plus préoccupés par le bétonnage de nos côtes que par la sauvegarde du milieu naturel. Le parc naturel régional des Caps et Marais d’Opale a jeté son dévolu sur la partie plus en amont de la Slack pour notre plus grand bonheur.

Bazinghen à la rescousse.

Ce charmant petit village de 400 âmes est perché sur une colline située entre Marquise et Ambleteuse. Nous sommes accueillis vers 9h00 par Sébastien, salarié et guide du parc naturel, ainsi que par les membres du club photo nature du secteur. Après avoir admiré une exposition photo de toute beauté, notre groupe d’une vingtaine de personnes se lance dans une promenade découverte de plus de 3h.

La Slack.
La Slack, rivière longue de 22km, prend sa source à Hermelinghen et se jette dans la Manche à Ambleteuse. Après avoir arrosé Marquise, elle se répand dans le marais de Slack qu’elle inonde très souvent en hiver donnant l’impression d’un envahissement de la mer, d’où son nom d’origine saxonne Selake (1305), de « se » (mer) et « laecc » (cours d’eau coulant à travers une étendue marécageuse). Elle est canalisée en amont de l’estuaire, depuis la fin du XVIIIe siècle, sur une portion d’un kilomètre (canal Napoléon). Elle draine un bassin versant de 153 km² dont le paysage a été façonné par les diverses activités qui ont pu s’y développer (agriculture, exploitation de la roche par les carriers, etc.). La basse vallée de la Slack, également appelée « marais de la Slack », s’étend sur environ 500 hectares. Elle correspond à la zone humide où les crues s’étendent avant de se jeter dans la mer à Ambleteuse.
La visite.

Notre petit groupe s’enfonce désormais dans les prairies herbeuses des marais de la Slack, le terrain y est sec mais les herbes hautes gênent notre progression. Parmi les participants, on y trouve un ornithologue, un guide nature et même un couple de touristes allemands en villégiature dans notre belle région.

Intarissable et incollable sur les graminées du secteur, Sébastien, salarié du Parc, nous fait découvrir les subtilités de la détermination des espèces de plantes présentes dans le marais. Au menu du jour, Brome en grappe, Bugrane épineuse et autres joncs qui recouvrent densément ces prairies de fauche. Presque juste au début de notre périple, notre guide nous dirige vers une « station » un peu spéciale : une étendue d’orchidées sauvages. Une bonne centaine de ces magnifiques fleurs s’étale sur quelques mètres carrés. Plusieurs espèces d’orchidées sont présentes dans les environs d’Ambleteuse, un atout touristique indéniable pour qui saurait en tirer publicité.

Dans ces marais de hautes herbes, la faune est très présente également. En premier lieu, des dizaines d’espèces d’insectes y cohabitent. Sébastien s’arrête devant une plante enduite d’une bien étrange « mousse ». De la bave ? Du crachat ? Il s’agit en fait d’une sécrétion déposée là par un petit insecte nommé Cercope. Il dépose une bave mousseuse, que l’on appelle le « crachat de coucou », sur ses oeufs et ses larves pour les protéger du dessèchement et des prédateurs. Alors que notre attention était portée sur les insectes, un petit curieux nous observait à une distance respectable. Ce brocard nous suivra pendant une bonne partie de notre progression dans les hautes herbes histoire de s’assurer que nous sommes sans danger pour lui.

La prairie est parsemée de petites mares et trous d’eau. Notre guide s’arme d’un filet à papillon et, sans coup férir, attrape une libellule identifiée comme une Aeschne printanière. Délicatement maintenue par les ailes, cet insecte nous dévoile toutes ses facettes par sa description minutieuse quasi scientifique tout en restant abordable par le commun des mortels. Les libellules appartiennent à l’ordre des Odonates et sont toutes de type Anisoptères, c’est à dire qu’elles ont des ailes de tailles différentes contrairement aux Demoiselles de type Isoptères (ailes égales). Elles vivent de 2 à 3 ans à l’état larvaire puis se métamorphosent en ce magnifique insecte carnivore. Dès les présentations terminées, un volontaire avance sa main qui servira de pont d’envol. A peine le temps de compter jusque trois et voilà notre imago reparti à la chasse.

Un autre moment fort de la visite fut le moment où l’on a fait demi-tour pour rentrer. L’ornithologue présent dans le groupe a suggéré cette manœuvre à notre guide car nous étions entrés dans le territoire d’un oiseau plutôt rare sur le secteur : la pie grièche écorcheur. Deux couples seulement nichent dans ses marais et il vaut mieux éviter de les déranger. Un individu perché en haut d’un buisson nous suivait du regard en poussant de petits cris. Malheureusement pour moi, mon zoom 70-300 n’est pas assez performant pour capter cet instant. Sébastien nous explique pourquoi on appelle cet oiseau « écorcheur ». Cette pie attrape ses proies et les accroche à des fils barbelés ou des épines d’aubépines en s’en servant comme réserve à nourriture. Bref, comme d’un frigo.

Le téléphone portable d’un des participants se met à sonner : nous sommes invités à visiter une hutte de chasse dans le marais. A première vue, cet événement non prévu n’enchante guère le groupe mais après tout, les huttes font partie du paysage. Après quelques centaines de mètres dans les hautes herbes, nous voici devant une hutte plantée devant une belle mare. Les deux propriétaires nous accueillent avec humilité, désireux qu’ils sont de vouloir redorer l’esprit de la chasse au gibier d’eau devant un groupe incrédule mais attentif à leur discours. On sent chez eux la passion de la nature qui les entoure. A peine ont-ils terminé que les questions pleuvent tant le groupe a du mal à comprendre le pourquoi. Pourquoi tant d’imagination pour se faire poser le gibier sur leur mare ? Sens du vent, distance entre les canards appelant, la femelle devant, le mâle derrière et j’en passe. Un des chasseur explique qu’il a les poils qui se hérissent quand, la nuit, il entend au loin les canards répondre à ses appelants et les voir se poser sur le plan d’eau. On se rejoint au moins sur ce point : c’est vraiment du plaisir que de réussir à apercevoir discrètement un animal après s’être donné du mal pour y arriver. Là où cela bloque, c’est que la finalité n’est pas la même. On shoote tous les deux mais moi avec un 300mm pas du 12. Le chasseur évoque les 30 oiseaux tués par nuit autorisé par la PMA, prise maximale autorisée, et finit par dire que s’il n’y avait pas de chasseurs, cette mare ne serait plus entretenue. Ces deux personnes semblent sincères dans leur envie de redorer le blason de la chasse même s’il y a encore pas mal de boulot pour y arriver. Au moins, l’entretien de cette mare, mouroir à canards, est un lieu de vie pour toutes sortes d’autres animaux comme cette très jolie libellule déprimée mâle.

Il temps désormais de rentrer et de remonter cette colline qui semble inaccessible tant les trois heures de marche dans les hautes herbes ont fatigué mes vieilles jambes. Juste le temps d’admirer une rhinanthe en passant. Nous avons passé un moment fort agréable et très instructif. Encore un grand merci au Parc naturel régional et à son représentant pour son organisation. Félicitations aux élus de Bazinghen pour l’entretien de leur patrimoine environnemental, comme quoi, tous nos élus locaux ne sont pas bornés.

Retrouvez cet article sur ma page facebook : Ambleteuse Nature.

 

 

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