A qui profite le crime ?


Tous les ans cette magnifique hosta perd de sa superbe en fin d’été. Même si à première vue le nom de l’assaillant semble évident, menons l’enquête pour en avoir le cœur net.

Comme d’habitude sur mon blog, toutes les photos estampillées de mon logo ont été prises par moi dans notre jardin. Passez la souris devant l’une d’entre elles, vous verrez un commentaire. Cliquez dessus pour l’agrandir. Il est temps de planter le décor.

Moyens d’investigation

La Brigade de Repérage et d’Analyse Naturaliste sur les Croqueur d’Hosta a été spécialement constituée pour découvrir avec précision ce qui est arrivé à notre malheureuse victime. Elle a mobilisé des services extérieurs reconnus tels que Quelestcetanimal.com, VigieNature.fr, Insecte.org ou Lepinet.fr par exemple pour tenter de faire éclater la vérité au grand jour. L’enquête devra permettre de trouver les moyens d’éviter de tels drames à l’avenir.

Mises en garde à vue

Après avoir longuement interrogé la victime et inspecté la scène du crime, la BRANCH a procédé à une série d’interpellations ciblées. Des interrogatoires musclés ont été menés avant de réaliser une confrontation entre la victime et du voire des agresseurs potentiels. Bien aidé par des portraits robots, l’enquête peut démarrer.

Suspects avec alibis

Malgré leur appétit vorace, certains voyous du jardin possèdent un alibi en béton chlorophyllé.  Ils ont été mis hors de cause sans pour autant être blanc comme linge.

Grand dévoreur de végétaux en tout genre, le rat musqué fait parti des premiers suspects interrogés. Ces charmantes bestioles raffolent des végétaux présents dans notre étang. Et tout y passe : nénuphar, phragmites, aponogétons, soucis d’eau, menthe aquatique…. Rien ne les rebute. Toutefois, sa méthode de destruction ne correspond pas aux constations médicales faites sur la victime. Le rat musqué découpe, déchire, ratatine, explose les végétaux. Hors, ici, il n’y a que des petits trous. Ce spécimen (74eme), quoi que innocenté des faits qui lui étaient reprochés, a été présenté à Rhadamante, Minos et Eaque, les trois juges de l’enfer pour d’autres méfaits. Le rat musqué ne connait que deux prédateurs, votre obligé et le renard. Le premier préférerait éviter d’en arriver là, le second voudrait bien en profiter mais les chasseurs locaux ne l’aime pas beaucoup.

 

 

 

Derrière cette tête angélique à qui on donnerait le bon dieu sans confession se cache un redoutable herbivore. Comme son camarade le rat musqué un temps suspecté, notre trouble-fête numéro deux a passé un interrogatoire serré de la part des membres de la BRANCH.

Je suis très présent dans le pré communal d’Ambleteuse, avoue le lapin de garenne. J’y joue un rôle très important notamment pour le développement d’une orchidée locale. Celle-ci a besoin de plusieurs facteurs pour pousser :

Un terrain propice et protégé bien sûr.

Des vaches qui en piétinant le sol vont créer des cuvettes qui garderont l’eau et en larguant une bouse fertiliseront l’endroit.

Et de moi, qui en rasant la bruyère et les herbes hautes, permettra la pousse de l’orchidée qui n’aime pas la concurrence végétale.

De toute évidence, cet individu ne fait pas dans la dentelle. Quand il repère une plante, il l’a rase complétement. Pour éviter qu’il ne vienne dans votre jardin, ne mettez pas de pièges comme notre voisin, privilégiez la pose d’une clôture grillagée en l’enfonçant d’une trentaine de centimètres.

Mais, que se passe-t-il ? Ce jeune lapereau, pris de panique, s’enfuie alors qu’il allait être relâché. Heureusement pour lui, un membre de la BRANCH l’a sorti du bassin à poissons rouges dans lequel il était tombé. Allez ! Circulez ! Retour dans le pré communal géré par le Parc Naturel Régional des Caps et Marais d’Opale et quelques olibrius en robe kaki à la gâchette facile. Cet espace naturel est à protéger bien sûr mais il est également à découvrir grâce à des visites organisées très instructives sur la flore et la faune locale.

Enfin un suspect sérieux ? Cette poule d’eau, gallinule pour les intimes, n’a pas de dents comme les suspects précédents mais un bec bien pointu, ce qui laisse supposer qu’il puisse faire des trous dans le feuillage de la victime. Même si l’on se demande si on a bien trouvé une arme du crime potentielle, reste qu’il n’y a pas de mobile. Pourquoi cet individu bigarré s’acharnerait-il sur cet hosta ? Une suspicion légitime s’empare des enquêteurs. En effet, un couple de poules d’eau squatte le jardin et son étang depuis plusieurs années déjà. Il s’y reproduit plusieurs fois par an, la femelle y pondant jusqu’à 23 œufs en 2016 et 21 cette année. Mais avant de donner naissance à ses rejetons, notre suspect construit des nids avec tout ce qui lui tombe sous le bec : roseaux, rubans de bergère, iris des marais et même cordelettes ou sachets plastiques mais ….. pas de feuilles d’hosta. Trop tendre pour supporter le poids des œufs. Fausse route.

Prolongation de la garde à vue

Les trois premiers suspects ont rapidement été libérés faute de preuves. Il en est autrement pour ceux qui vont suivre et le chef de la BRANCH a demandé une prolongation de la garde à vue pour complément d’information pour le motif de méfaits en bande organisée.

Un radar de la BRANCH a flashé un individu grassouillet en flagrant délit de suçon sévreux sur un rosier. Pris en chasse, la course folle du puceron se termine près d’une forêt d’iris des marais. Se mêlant à un groupe compact de congénères rendant hasardeux son interpellation, l’officier enquêteur décide d’emmener tout ce beau monde directement au poste pour un interrogatoire. La bonne centaine de suspect sème vite le désordre et on décide de questionner leurs gardes du corps : les fourmis.

« Impossible ! » nous crient-elles tous en cœur.

« Et pourquoi ? » demande-t-on.

« Les pucerons ne digèrent pas la sève de l’hosta » répondit une fourmis arborant une magnifique paire d’ailes – un chef sans doute – « Ils préfèrent la douceur suave des capucines ou le nectar des feuilles d’iris » ajoute-t-elle. « Et nous aussi ! » conclue-t-elle.

« Tiens donc ? » dit-on.

« Nous, les fourmis, protégeons précieusement les pucerons de leurs prédateurs. Nous en faisons quasiment l’élevage car nous raffolons du miellat qu’ils produisent. Laissez tomber, inspecteur. Vous faites fausse route, allez plutôt voir du côté des chenilles !« 

Circonspect, le responsable de la BRANCH laisse tout ce beau monde partir, certains à pattes, d’autres par les airs. Une tentative d’en savoir plus avec des fourmis plus écarlates s’est conclue par des douleurs brulantes au bout des doigts notées 6.3 sur l’échelle de Justin Schmidt. Plus carnivores que végétariennes, visiblement.

 

 

 

Cette piste semble donc se refermer mais dans un soucis de conservation des capucines, une pulvérisation de savon noir sur les pucerons éloignera leurs protecteurs et permettra aux prédateurs d’attaquer la meute.

Noctuelle méticuleuseDame fourmi nous a mis sur une piste : une vaste, très vaste piste. Les rhopalocères, papillons de jour, côtoient les hétérocères, papillons de nuit. Plus de 700 papillons différents sont présents dans la région, 5000 en France et environ 150000 dans le monde. Les papillons ont deux occupations principales : butiner et se reproduire. Les investigations se portent donc tout naturellement vers leurs chenilles, grandes adoratrices de cuisine végétalienne.

Une preuve flagrante de l’activité délictueuse des chenilles est apportées au dossier. On y voit clairement des suspects agresser ce séneçon dans le fond du jardin. Après avoir procédé aux arrestations, le travail d’identification a pu commencer. Il s’agit là de chenilles de tyria jacobaeae facilement reconnaissable à leur habits rayés qui font penser à un pyjama de prisonnier. Tenue qu’ils vont pouvoir garder après leur passage devant le juge d’instruction. Toutefois, leur avocat nous fait savoir qu’il ne s’agit pas d’une preuve pour le crime qui nous intéresse mais pour une dégradation de biens publics faite par de jeunes désœuvrés qu’il vaut mieux libérer avant d’être désavoué pour vice de forme. Pour éviter que de telles chenapans ne s’intéressent aux plantes dont je tiens particulièrement, je laisse pousser quelques pieds de séneçon dans le fond du jardin.

Un tout jeune adolescent vient ce présenter spontanément au poste afin d’y faire une déposition. « Je viens vous voir avant d’être accusé … à tort« , dit-il. « Nom, prénom, profession« , demande sèchement l’officier du BRANCH. « Cossus, Gâte-bois, euh…Xylophage« , dit ce témoin engoncé dans un habit visiblement trop petit pour lui. Xylo pour bois et Phage pour manger, tout un programme. La chenille du cossus ne s’attaque pas aux feuilles mais au bois, au bois de préférence vivant. Outre les saules et peupliers, elle est connue pour s’en prendre aux frênes, bouleaux, chênes, ormes, érables, mais également aux fruitiers, et notamment aux cerisiers et pommiers. Une femelle peut pondre jusqu’à près de 1500 œufs en une fois  et étant donné la taille de notre témoin spontané, on peut facilement comprendre ce qui peut arriver à un arbre qui serait squatté. La BRANCH décide d’arrêter là l’interrogatoire car sous sa bonhomie se cache un garnement qui lorsqu’il commence à stresser il n’hésite pas à vous mordre avec ses très puissantes mandibules ou à vous lancer un jet de crachats plus ou moins corrosif. Même s’il on ne risque pas grand chose avec ce liquide à base d’acide formique, mieux vaut laisser repartir cet individu. De toute façon, il s’attaque au bois et non aux feuilles. Il sera libéré loin, très loin du jardin.

En parcourant les nombreux sites internet plus ou moins bien faits, on tombe parfois sur des pépites qui peuvent grandement vous aider dans une identification et ainsi vous mettre sur la piste d’un nouveau suspect. D’autres vous permettent de mettre en ligne toutes vos observations et ainsi aider la communauté scientifique à mieux connaitre la nature qui nous entoure. En y regardant d’un peu plus près, de nouveaux suspects chenilles mériteraient que l’on s’intéresse à eux : la noctuelle du potager et celle de l’érable ou du tilleul. Pour le moment, hormis la chenille du tyria ou de sa cousine la zygène de la filipendule, la piste des chenilles semble mener vers un cul de sac. Poussons tout de même notre enquête vers ces chenilles que l’on appelle les noctuelles, on ne sait jamais.

Notre enquête sur l’agression de l’hosta n’avance pas d’un poil. En parlant de poil, une patrouille nous a amené un individu ébouriffé à la mode Titeuf.  L’ Acronicta aceris surnommée la noctuelle de l’érable commence son existence de façon plutôt colorée. Sa teinte vive est surtout destinée à faire peur à ses prédateurs. Il est tout de même conseillé de ne pas trop la manipuler, comme tout animal sauvage d’ailleurs ! N’osant justement pas trop l’embêter, elle est rendu à la nature très rapidement et va donc pouvoir ainsi se goinfrer de feuilles d’arbres telles celles des érables bien sûr mais aussi des marronniers ou des noisetiers. Dès les premiers froids, elles se drapera dans sa chrysalide hivernale avant de se métamorphoser au printemps suivants. Encore une piste non exploitable.

Alerte au potager ! Alors que la saison des tomates bât son plein, un spectacle de désolation nous arrive en pleine poire. En découvrant ce désastre, je devins jaune citron dans mon tee-shirt orange et faillit tomber dans les pommes. Reprenant très vite le dessus pour retrouver la banane et après avoir dégagé tous les cadavres pour les jeter dans une fosse commune, je me  saisi une serfouette d’une main et d’une serpette de l’autre pour partir combattre l’assaillant. Je n’ai pas planté ces tomates pour des prunes. Je suis bien décidé à faire payer ce méfait pour récupérer mon oseille même si les plants ne m’ont pas coûté beaucoup de blé. Mais qui se cache derrière tout ça ? Est-ce le même individu qui s’attaque à l’Hosta ? La brigade du BRANCH vite arrivée sur place commence ces investigations et prends en filature une bonne douzaine de lascars. Une noctuelle du potager est prise en flagrant délit de destruction volontaire. « Elle était tellement bonne que je n’ai pu résister. Et puis, je n’étais pas la seule.« , nous explique-t-elle. En effet, deux autres individus très louches glissaient juste à côté de la serre. En état d’urgence, les arrestations peuvent être arbitraires. Et hop, direct en prison sans autre forme de procès. A bien y réfléchir, toutes les chenilles appréhendées depuis le début de cette enquête sont surtout des mangeuses de feuilles d’arbres. Il nous faudrait des preuves plus tangibles larves de tenthrèdesvoire un témoin direct. En se rapprochant des lieux où a été perpétré le crime, on aperçoit de longues trainées gluantes le long de ce qui reste comme feuillage à notre pauvre victime. Du haut de l’aulne voisin, des larves de tenthrède nous crient d’aller voir du côté des gastéropodes. Ah Yes ! Mais avec coquille ou sans coquille, l’enquête continue.

Notre jardin possédant un point d’eau naturel attire de nombreux animaux. Parmi eux, certains apprécient grandement l’humidité qui y règne. La limace fait partie de ceux-là. Elle sécrète un mucus qui l’aide à se déplacer formant ainsi de longues traces gluantes lors de son passage. Les limaces mesurent en général entre 2 et 12 cm de longueur. La tête comprend, entre autre, deux tentacules supérieurs avec à leur extrémité des yeux, deux autres qui sont des organes tactiles et olfactifs, une bouche comportant 2 mâchoires, avec de petites dents et une langue. Bien qu’elle ait des dents, la puissance de sa bouche est relativement faible, ce qui lui fait préférer les végétaux tendres et donc pourquoi pas mon hosta. La partie située derrière la tête s’appelle le bouclier ou manteau. Sur la droite du bouclier, on peut observer l’orifice respiratoire ou pneumostome. La partie caudale est située derrière le bouclier. Le pied est la partie ventrale. A priori, la vue d’une limace provoque plutôt une forme de dégout pour ceux qui la rencontre et le premier réflexe du jardinier est de s’en débarrasser prestement. Bien que cet animal soit nocturne, on en rencontre régulièrement sous les feuilles des plantes dès qu’il y a un peu d’humidité et de chaleur. D’ailleurs, en dessous de 5°c, elle s’enfonce sous terre pour se protéger. Elle est hermaphrodite. Elles ne sont toutefois jamais mâle et femelle au même moment. Ce sont d’abord les organes mâles qui sont actifs, puis les organes femelles. La limace ne se féconde pas elle-même. La fécondation est dite « croisée ». Deux individus s’accouplent, chacun jouant le rôle du mâle et celui de la femelle. La limace pond ensuite entre 100 et 500 œufs. Ces œufs sont sphériques, blanchâtres ou transparents. Entre 2 semaines et 3 mois plus tard, en fonction des conditions climatiques, les œufs éclosent. Les limaçons sont transparents et mesurent à peine quelques millimètres de long. Le jardin comprend plusieurs espèces de limaces mais peuvent-elles toutes être considérées comme potentiellement coupables ? Passons les donc devant le mentaliste de la BRANCH pour en savoir un peu plus.

Il ne faut pas aller bien loin pour dénicher notre première limace suspecte. C’est la première fois que l’on aperçoit cet individu jaune citron. Pas banale comme couleur pour une limace au point où nos enquêteurs auront eu bien du mal à l’identifier. Fort heureusement, une petite communauté de passionnés de nature nous a apporté son soutien. Michel et François de Quelestcetanimal.com ainsi que Lisa, Laeticia et Benoit de VigieNature.fr se sont pliés en quatre pour y arriver. Il s’agit d’une Testacella maugei, avec une coquille vestigiale à l’arrière. Ce sont des limaces carnivores qui se nourrissent de vers de terre. Il y a plusieurs espèces. Elles sont distinguées par la description des deux « veines » ramifiées qui partent de la petite coquille :

chez Testacella maugei, leurs points d’origine sont nettement séparés
chez Testacella haliotidea ils sont juste séparés
chez Testacella scutulum, les deux veines sont accolées au départ.

Euh ! Vous avez dit carnivore ? Mais alors, ce ne peut être elle qui s’attaque à notre hosta. Celle-ci se délecte de vers de terre et non des feuilles de végétaux. Elle est donc libérée sur le champ avec toutes les excuses pour la méprise.

Ah, Ah ! Une limace léopard. Avec un nom pareil, cela doit être un prédateur d’hosta. C’est sûr. Interpellation directe. Prise d’empreinte et de photos d’identité. Mise en route de l’interrogatoire. « Comment ça, innocente ?« . Après avoir creusé un peu, il faut se rendre à l’évidence. Celle qui pouvait paraître comme une coupable évidente ne l’ai pas vraiment. La preuve de sa non-participation au crime vient de son type d’alimentation. Elle est omnivore. Bien sûr, elle se délecte de végétaux mais surtout de détritus de végétaux comme ceux présents dans un composteur par exemple. Elle participe donc à la fabrication de l’humus si utile au jardinier. Cerise sur la coquille, elle n’hésite pas à s’attaquer à d’autres limaces ou gastéropodes présents dans le jardin. Elle est donc doublement utile pour la régulation des dévoreurs d’hosta. Elle est très rapidement libérée avec les honneurs dus à son rang.

Là, plus de doute possible. La BRANCH a débusqué un individu qui a tout l’air du suspect idéal. Le régime alimentaire de la bête correspond au type d’agression dont a été victime notre hosta. Elle se cache sous différentes identités afin de semer les patrouilles : limace brune ou limace des jardins ou arion hortensis ou arion rufus. Un deuxième spécimen tout aussi imposant glisse tout près de là. Sa teinte n’est plus brune mais rouge brique. Il s’agit de l’arion rufus facilement reconnaissable par sa couleur bien visible. Les spécialistes se disputent pour savoir s’il s’agit de deux espèces complétement différentes ou non. En ce qui concerne notre affaire criminelle, une confrontation avec tous les protagonistes a pu mettre en évidence que ces deux individus étaient présents sur les lieux du crime. Ils sont donc présenter à un juge en vue de leur mise en examen.

A l’évidence, rien ne l’est, évident. Certains jardiniers suppriment systématiquement toute présence de limaces alors qu’elles sont utiles au potager car elles contribuent à la formation de l’humus indispensable au développement de la vie végétale. Toutefois, il existe des moyens pour au moins l’éloigner des zones sensibles.

Soigner le sol en :

Retirant les débris végétaux du jardin ou du potager.
Bêchant avant l’hiver pour déterrer les œufs.
Déposant des matières pulvérulentes (cendre, sciure, marc de café, sable, prêle séchée et réduite en poudre, …) autour des plantes de prédilection.
Disposant des surfaces rugueuses : des coquilles d’œufs séchées et broyées (résiste bien à la pluie), du papier abrasif, des disques abrasifs de ponceuse, des tiges de rosiers ou de ronces, aiguilles de pin, tapis de style feutrine, cosses de cacao, paillettes de lin…
Les éloignant avec du poivre.
Réalisant une barrière de 5cm de large et 1cm d’épaisseur en pierre de lave (appelée aussi pouzzolane), disponible sous forme de granules. Ce matériau résiste bien à la pluie et s’emploie idéalement de mai à août.

Personnellement, je ne crois pas du tout aux coupelles remplies de bière. C’est vrai que la bière attire les limaces mais n’est-ce point attirer le loup dans la bergerie ? Si vous voulez utiliser cette technique, placez les coupelles de bière…..le plus près possible du jardin du voisin. Installez plutôt des dortoirs pour hérisson. Ces mammifères sont très friands de limaces en tout genre. Mais attention : le hérisson adore également la bière alors utilisez de la bière sans alcool si vous ne voulez pas qu’il se fasse arrêter suite à un contrôle d’alcoolémie positif.

Alors que nous allions classer l’affaire, satisfaits de nos investigations, la victime nous glisse à l’oreille : « Vous savez, inspecteur, j’ai également été agressée par des individus casqués. Et les limaces n’ont rien sur le dos« . Damned ! Serions-nous passés à côté d’autres coupables potentiels.

 

Là ! Un individu casqué qui s’enfuit prestement à la vitesse d’un sénateur avec une longue trace baveuse dans son sillage. C’est sûr, c’est un des agresseurs. Ni une ni deux, le voilà amené au poste pour recueillir ses évidents aveux sur sa participation au crime. « Encore raté ? » s’exclamé-je en grommelant dans mes moustaches. « Bin oui, quoi ! Un escargot, ça mange des végétaux. C’est évident et tout le monde le sait. Il doit être traduit en justice, c’est lui, c’est sûr ! » Ah là là ! La vindicte populaire fait encore des ravages. Et non, l’Oxychilus interpellé ici n’est pas végétarien mais carnivore. Et oui, il s’agit d’un prédateur se nourrissant de petites limaces, de petits escargots et de vers. Malgré l’énervement de nous être encore trompés, nous relâchons cet escargot en lui souhaitant bonne chasse tout en lui conseillant de passer un peu plus de temps sous la douche car il dégage une odeur d’ail. Mais, pas le temps de souffler. Deux individus déguisés façon « Daft Punk » passent à proximité.

« Bonjour ! Papiers s’il vous plait. Je vous arrête pour modération de vitesse« . Pris en chasse alors qu’ils glissaient à près de 360 cm/h, ces deux énergumènes croyaient pouvoir nous semer. Mais où vont-ils comme ça ? N’ayant pas d’éléments à charge, ces deux hélices des bois sont relâchés mais pris en filature. En effet, il nous faut savoir s’ils vont vers notre victime, vous savez, l’hosta. Visiblement, ils ne prennent pas cette direction mais rejoignent un groupe de leurs congénères en train de faire la fête près du composteur. Là, c’est la fête au village. Les jeunes pousses d’œillet d’inde passent un très mauvais quart d’heure. Il ne reste très vite que la tige principale de la fleur qui se dresse dans un champ de ruine. « Inutile de nier, vous êtes faits« , dit-on en leur signifiant leur mandat d’arrêt. Pris de panique, la foule compacte se disperse dans tous les sens semant le trouble dans la tête des enquêteurs ne sachant plus lequel attraper. Comme souvent, dans une telle confusion, c’est un autre qui morfle. On n’y arrivera jamais, c’est une vraie jungle ce jardin. Nous mettons la main sur plusieurs autres individus plus ou moins colorés mais qui nous disent tous la même chose : « Allez voir Petit gris, c’est lui !« 

Vu les témoignages concordant et les preuves accumulées durant l’enquête, Petit Gris est incontestablement le suspect numéro 1 dans cette ténébreuse affaire. Il est présenté à un juge d’instruction et passe en comparution immédiate devant un tribunal populaire. L’accusation étant limpide, la parole est donnée directement à l’avocat de l’accusé qui développe sa défense.

L’arrestation a eu lieu à 45 mètres du lieu du crime. Mon client glisse a la vitesse de 3 m/h, il lui aurait fallu 15 longues heures pour arriver jusque là ? Pas sérieux, Monsieur le président. Il ne voyage que de nuit. Il ne s’arrête qu’entre 2h et 3h du matin pour grignoter un morceau.

Il a pourtant été trouvé en train de mastiquer une feuille de pissenlit. Et en pleine journée, non ?

Euh…oui…mais bon ! Il aurait traversé tout ce champ de cailloux ? Pour se déplacer, Petit Gris utilise son pied élargi avec des ondulations et rétractions alternatives, chaque courbe du corps prenant appui contre les irrégularités du sol. Ce pied qui est en fait un énorme muscle capable de se contracter et de s’allonger n’autorise qu’un déplacement vers l’avant. Les escargots, comme les limaces, se déplacent en générant une série d’ondes musculaires qui se propagent de leur queue à leur tête et glissent ainsi sur le mucus. Pour aider à son déplacement, l’escargot sécrète différents types de mucus. Cette bave est composée de nombreux éléments chimiques comme de l’allantoïne, du collagène, de l’élastine… La bave permet à mon client de mieux glisser sur des surfaces accidentées et de mieux s’accrocher sur des surfaces planes ou verticales. Outre le déplacement, la sécrétion de mucus lui permet de se débarrasser des polluants comme les métaux lourds et intervient dans la fabrication de sa coquille.

Ah ! Vous voyez ? Il peut donc traverser un champs de cailloux !

Euh ! oui mais je suis en train de vous expliquer que les gastéropodes sont obligés de créer du mucus pour pouvoir se mouvoir et ça dure depuis plus de 500 millions d’années. Et pour avoir du mucus, il lui faut mastiquer des végétaux. Mère Nature lui a donné une toute petite langue. Cette radula a près de 2000 petites dents qui s’usent et qu’il faut remplacer. Elle fonctionne en permanence via un mouvement de va-et-vient continuel. Elle s’occupe de broyer les aliments et les recouvre de salive. La salive contient une enzyme active de la digestion. La glande digestive va alors désagréger les protéines, graisses et féculents à l’aide de cette enzyme. Mon client est obligé de manger pour survivre. Tout comme vous, non ?

On s’éloigne Monsieur l’avocat. Je ne m’attaque pas à une hosta sans défense, moi ! Manger pour vivre et non vire pour manger, on connait. Argument suivant.

Les jurés écoutent patiemment le plaidoyer de la défense mais ils ne trouvent toujours pas la démonstration de l’innocence de l’accusé. L’avocat le sent bien et tente de frapper fort en jouant sur l’émotivité du tribunal.

Monsieur le Président, Mesdames Messieurs les jurés. Mon client est une pauvre âme en peine. Il erre toutes les nuits l’estomac serré, son unique poumon respirant l’air pollué de nos villes, son conduit salivaire produisant toujours plus de mucus chaque jour pour éliminer les métaux lourds présents sur nos sols. Il est obligé de toujours porté un manteau quelque soit la saison. Il n’a qu’un seul pied, Monsieur le Président. Un seul. Essayez donc d’avancer dans la vie avec un seul pied. Même s’il est capable de tirer jusqu’à plus de 170 fois son propre poids, la nature l’oblige à transporter sa maison depuis sa naissance. Imposante maison de calcaire qu’il faut soigneusement entretenir sous peine de mort assurée. Ce n’est pas comme la limace et sa toute petite bicoque qu’elle traine à l’arrière. Imaginez tous les dangers bravés par l’accusé : les oiseaux, les hérissons, les ronces et les orties, sans compter les jeux puérils de jeunes humains en culotte courte.

Mais le pire n’est pas là, Messieurs Dames. Petit Gris est seul ! Certes, sur le terrain d’Ambleteuse Nature, ces congénères se comptent par dizaines voire centaines, mais dans sa petite vie qui ne dépassera à peine les trois ans, s’il a de la chance, il sera seul. Mi-mâle, mi-femelle, il est né hermaphrodite. Il doit transporter ses propres ovules et spermatozoïdes pour assurer sa descendance. Oui, d’accord, il a besoin d’un rapport d’une quinzaine d’heures avec un partenaire pour fertiliser ses œufs, mais c’est seul, tout seul qu’il pondra sous terre une centaine d’œufs qui donneront le futur naissain. D’ailleurs, il serait temps de le libérer pour qu’il puisse mettre bas.

Pris de compassion, le jury prononça un acquittement général et laissa le crime impuni.

Vous l’aurez compris, cette sordide histoire d’agression a servi de prétexte pour vous faire connaître tout un petit monde présent dans le jardin.

Une des philosophies du blog est de faire prendre conscience aux lecteurs qu’il y a toujours moyen de venir en aide à la biodiversité ne serait-ce qu’en créant un petit havre de paix chez soi. L’urbanisation galopante de nos villes et villages adoubée par des élus dont la seule préoccupation est de garder leurs places voit fleurir des constructions qui se veulent de plus en plus économes en énergie, construites avec des biomatériaux ou produisant leurs propres électricité. C’est vertueux mais qu’en est-il des extérieurs ? C’est simple : goudron et pelouse, pas une herbe qui dépasse et un déversement périodique de produits phytosanitaires pour écraser la vermine. Des passionnés qui aménagent leurs terrains en faisant de l’huggelkultur (bientôt un article sur le sujet) ou qui laissent un coin en friche sont souvent taxés de « souillons » alors que ce sont eux, les vrais jardiniers. Réussir à trouver un équilibre écologique dans un vrai jardin demande beaucoup plus de savoir faire, de temps et de patience que de tondre une pelouse ou planter des patates dans un carré retourné au motoculteur. Il faut sans cesse prendre conseil auprès des autres, se renseigner sur les associations de plantes en symbiose entre elles et les animaux, se poser les bonnes questions sur le pourquoi mon point d’eau est plein d’algues ou comment éloigner les limaces. Il faut être curieux de tout et partager ses observations.

Une autre idée du blog est de « dénoncer » les préjugés des gens qui nous entourent en tentant de leur faire comprendre que ce qu’ils font n’est pas bien pour l’environnement sans pour autant tomber dans l’écologie jusqu’au-boutiste et extrémiste. Mais ce point devient vite un chemin de croix tant les préjugés sont profondément ancrés dans la conviction populaire. Allez expliquer à une béotienne souffrant d’impéritie qu’il ne faut pas donner  à manger aux oiseaux en dehors des périodes hivernales. Un oiseau doit s’en prendre aux chenilles et autres insectes présents dans le jardin plutôt qu’à ses graines de tournesol durant les journées ensoleillées du printemps. C’est souvent le seul remède efficace contre les vers du poireau. C’est un exemple simple mais qui peut être reproduit dans pleins de d’autres domaines où la vindicte populaire fait rage : le renard amène des maladies et tue les poules, toutes les limaces ou escargots mangent les salades, les coccinelles sont toutes bénéfiques, …

Des chenilles mangent les feuilles de vos arbres ? Installer des mangeoires pour l’hiver et des nichoirs pour le printemps. C’est fou les allers-retours que font les mésanges pour nourrir leurs petits. Une opération scientifique a lieu tous les hivers depuis trois ans et n’attends que votre participation. Il s’agit d’installer 2 mangeoires identiques et d’observer les oiseaux qui y viennent. Cela prend cinq minutes et ensuite vous envoyer, via une application web, tous vos relevés à BirdLab. Amusant et très utile également, vous pouvez inscrire votre jardin sur le site Oiseaux des jardins et y noter toutes vos observations.

Vous voulez voir des papillons mais ne pas être embêtés par les chenilles ? Laissez un coin en friche avec des orties, vous verrez, non seulement vous aurez des papillons mais en plus vous pourrez vous servir des orties comme engrais. Si vous voulez aider à une meilleure protection des papillons, participez à l’observatoire des papillons.

Vous êtes envahis d’escargots ou de limaces ? Ne mettez pas de coupelles remplies de bière, cela ne ferait que les attirer. Croyez-vous vraiment qu’ils vont se jeter dedans sans avoir au préalable croquer vos salades ? Placer des barrières en pouzzolane, ça fonctionne. Là aussi, participez à l’atelier Opération escargot.

Retrouvez d’autres photos sur ma page Facebook et n’hésitez pas à vous abonner.

Malgré son agression, notre hosta refleurira l’an prochain, soyez-en certain.

 

 

 

 

 

 

 

 

Publicités

2 commentaires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s