Renard


Renard : Préjugés mortifères.

Le pré communal d’ambleteuse est une réserve naturelle d’une exceptionnelle biodiversité tant végétale qu’animale. Des visites sont d’ailleurs organisées par le parc naturel pour la faire découvrir au plus grand nombre.

A l’aube d’un jour de juin 2016, une silhouette sombre se dissimulait derrière la haie en fond de jardin. Au début, on croyait qu’il s’agissait d’une vache car le troupeau chargé de limiter la pousse des herbes folles adore se reposer à cet endroit. Mais en se rapprochant, on a pu se rendre compte que cette silhouette était (un peu) plus fine que celle d’un ruminant. En fait, on s’est retrouvé nez à nez avec…..un individu en treillis complet, de la tête au pieds avec le visage camouflé par du maquillage noir et tenant un long fusil à lunette.

« Bon dieu ! Vous m’avez fait peur ! C’est la guerre ? » et de nous entendre répondre « Oui, contre les nuisibles qui déciment le gibier réservé aux chasseurs ». Ce personnage nous dit être garde-chasse et, visiblement dérangé, décide d’aller voir plus loin que de rester collé près des habitations avec un fusil à lunette. Quelques heures plus tard, une détonation retentit et en mettant le nez au dessus de la clôture, le garde-chasse et le président local des tueurs réunis, euh ! des chasseurs, se pavanaient avec leur trophée.

En ce 7 mai 2017, vers 9h du matin, une énorme détonation fait vibrer nos tympans. Bizarre ! Personne dans le pré communal d’Ambleteuse. Personne ? Si. En n’y regardant d’un peu plus près, quelque chose se débat à une dizaine de mètres derrière la clôture du président local. Un renard, la patte prise dans un piège saute comme un cabri en essayant de se dégager du collet dans lequel il a mis la patte. Il s’est débattu pendant plusieurs heures avant de se coucher et d’attendre. On nous a cyniquement expliqué le double rôle de l’explosion : Quand l’animal met sa patte, l’explosif détonne et fait bondir la bête qui resserre automatiquement le lien. De plus, le bruit est si puissant qu’il alerte le piégeur même à plusieurs kilomètres. Mais, c’est jour d’élections aujourd’hui et ceux qui pourraient abréger les souffrances de ce pauvre animal sauvage sont certainement affairés  à la buvette en fêtant par avance la victoire de leur pouliche héninoise.  Vers 17h, excédés par tant de souffrances inutiles, la gendarmerie est prévenue. « Nous prévenons l’office de la chasse et de la faune sauvage ». 20h, appel téléphonique de l’ONCFS. « Si l’animal est encore pris au piège demain, deux heures après le lever du soleil, il y aura infraction et nous interviendrons ». Patience, mon ami, tu as le droit à une nuit à la belle étoile, la patte sanguinolente à attendre la mort, quelle soit par balle ou par piétinement.

Le lever du soleil  est officiellement prévu à 6h15 en ce 8 mai 2017. Autrement dit, après 8h15 il y a infraction. 9h15, appel de l’ONCFS : « Il est encore là ? A bon, on envoi la police de l’environnement et de la chasse ». 9h20, trois coups de feu (et oui, rappelez-vous la buvette). 9h30, arrivée de la police avec armes et bagages. On ne peut que s’interroger sur la chronologie de l’intervention des autorités.

Nous avons installé une caméra pour filmer l’intervention de cette police mais la vidéo de l’abattage de cet animal et la contemplation du cadavre par les tueurs est trop insoutenable pour la diffuser. Cet événement a réveillé en nous l’envie d’en savoir plus sur cet animal et de comprendre pourquoi il est classé parmi les animaux nuisibles. En fait, comme pour beaucoup de choses, les préjugés mortifères ont la dent longue.

1 MILLION

C’est le nombre approximatif de renard abattu en France. Cet animal est classé parmi la liste noire des nuisibles. Mais que lui reproche-t-on exactement ?

C’est un voleur de poules.

Et oui, le renard est rusé. Il n’hésitera pas à dévorer une poule si le poulailler est mal fermé. En même temps, si c’est open-bar, pourquoi s’en priver ? Il ne faut jamais oublier que nos terrains s’insèrent dans la nature et que d’y mettre un poulailler nous oblige à protéger nos animaux domestiques. Une simple clôture enterrée d’une trentaine de centimètre suffit à les décourager.

Il tue le gibier.

Ça lui arrive bien sûr mais le renard est comme beaucoup, il va au plus facile. Il s’attaque aux bêtes faibles ou malades. Son régime alimentaire n’est pas celui que l’on croit. Plus de la moitié de ses proies sont des rongeurs : rats, souris, campagnols… Pour le reste, il se délecte de fruits et même d’insectes. Il n’est pas le redoutable concurrent des chasseurs. Le gibier présent dans le pré communal d’ambleteuse est principalement constitué de faisans. Ceux-ci ne sont pas sauvages puisque élevés par l’homme pour le plaisir de pouvoir les massacrer. Ce gibier n’a pas la méfiance instinctive d’un animal sauvage face à un renard, il est donc facile pour le prédateur d’en faire son casse-croute.

Il transmet la rage.

Encore un préjugé : la rage a officiellement disparu chez le renard depuis 2001. Aucun cas de rage n’a été détecté en France depuis plus de 90 ans. Merci Pasteur.

Il est porteur de maladies.

Pour le coup, c’est vrai ! Mais comme tout être vivant, son corps contient des millions de bactéries. En tant que prédateur carnassier (n’oubliez-pas que nous en sommes également), le renard mange des mulots et autres souris infectés par d’autres bactéries. Quand il défèque ou urine, le renard souille à son tour les végétaux environnants. Les rongeurs mangent ces végétaux et la boucle est bouclée. Si l’homme veut éviter d’attraper ce parasite, il n’a que deux solutions : Il massacre (c’est dans ses gènes)  tous les rongeurs et leurs prédateurs……ou il ne cueille les fruits – les mures par exemple – qu’à une soixantaine de centimètre de hauteur.

Conclusion

Le renard est un prédateur mais comme tout être vivant, il a une utilité. On les accuse de tuer le gibier alors que l’agriculture intensive et l’urbanisation galopante sont les vrais raisons de la raréfaction des perdrix ou autres faisans sauvages. De nombreux travaux d’écologie et d’éthologie menés récemment montrent que sa réputation de prédateur, de nuisible, est aujourd’hui dépassée. Certains agriculteurs le protègent car le renard, en dévorant les rongeurs, préserve les récoltes. Bref, il y a plus d’avantages à préserver la biodiversité qu’à la massacrer.

Liens utiles

Lire l’excellente BD de Krapo : Fantastique renard

Pétition en ligne : Comité d’observation du renard dans son environnement

Association de protection du renard : ASPAS

Informations diverses sur la biodiversité : Générations Biodiversité

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3 commentaires

  1. Ce pauvre renard subit l’acharnement d’une minorité et c’est infecte….
    Je l’admire tant et le photographie pour partager avec d’autres la beauté et les mœurs de cet animal si beau, si intelligent et captivant.
    C’est décourageant et déprimant de constater que ces personnes sont assoiffés de tueries et harcèlent la faune…

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